06.10.2018 > 18.10.2018

Didé

Institut Français de Cotonou, en collaboration avec Le Centre

Exposition_Didé
Exposition_Didé
Exposition_Didé
Exposition_Didé
Exposition_Didé

Exposition collective
Avec Moufouli Bello, Sènami Donoumassou, Cléophée Moser, Sarah Trouche & Mounia Youssef.

Dide signifie littéralement lève-toi en yoruba. 

Ce titre renvoie au projet artistique protéiforme présenté par l'artiste Sarah Trouche : sa dimension poétique, politique et métaphorique. 

Cette exposition collective explore les relations entre tradition et contemporanéité au prisme de la place des femmes dans la société béninoise, et au delà.

Sculptures inspirées de la tradition Gèlèdé (Sarah Trouche, Dide), appliqué révélant le regard des enfants sur leurs perceptions des femmes béninoises et vidéos de performances (Sarah Trouche, Feminist Tapistery), fleur mécanique en acier et en bronze évoquant les mouvements d’émancipation et de libération de la parole des femmes (Moufouli Bello, L’éclosion), série d’affiches mettant en lumière les stéréotypes à déconstruire et luttes à mener (Mounia Youssef, Ne nous libérez pas, on s’en charge !,), récade contemporaine en hommage à la reine évincée de l’histoire Tassi Hangbè (Sènami Donoumassou, Une récade pour la Reine), œuvre vidéo reprenant le conte du Petit Chaperon Rouge qui interroge les dimensions insidieuses des différentes formes de violence entre hommes et femmes (Cléophée Moser, Elles Voix Rouge) : cette exposition ouvre un ensemble d’espaces de réflexion autour des rapports de forces qui rythment nos sociétés contemporaines. 

Le dialogue des œuvres et le croisement des regards, des médiums et des matières mettent en lumière des voies possibles pour construire de nouvelles dynamiques d’harmonie et d’équilibre entre les êtres humains.



Moufouli Bello
L'éclosion, installation interactive, 2018.

Métaphoriquement, notamment dans les arts, les femmes ont régulièrement été associées aux fleurs. Etres fragiles qu’il faudrait préserver, protéger.

Dans cette œuvre, Moufouli Bello nous propose une fleur réalisée en acier et en bronze. La dualité entre la fragilité des fleurs, et les matériaux durs utilisés par l’artiste, met en tension le paradoxe entre l’idée que l’on a des femmes et leurs conditions d'existences qui peuvent être rythmées par un système violent et excluant. 

Matérialisation métaphorique des voix des femmes, cette œuvre met en lumière le processus de visibilisation des femmes et celui de la libération de leurs paroles. Dans des sociétés, à l’échelle internationale, étant essentiellement patriarcales, ce processus est révélateur de dynamiques qui contribuent à réajuster les rapports de force.

 

Sènami Donoumassou 
Une récade pour la reine, 2018. 
Collection du Petit Musée de la Récade (Le Centre)

La récade est l’un des sept symboles du pouvoir royal dans le royaume du Dahomey. Reine évincée de l’histoire, Tassi Hangbè a pourtant régné sur le Royaume du Dahomey de 1708 à 1709. L’histoire de cette reine étant méconnue, voir inconnue de certain·e·s, cette œuvre est pensée comme un moyen de rendre visible ce que l’histoire a tendu à invisibiliser. Dans une dimension narrative, par la mise en relation d’un ensemble de symbôles, l’artiste retrace l’histoire de Tassi Hangbé.

La statuette incrustée au cœur de cette récade met en lumière la place qu’aurait eue cette reine dans la création des Amazones - corps d’armée exclusivement féminin. Sur les côtés, un tambour et des gongs font écho à l’intégration des chants et des danses au palais durant son règne ; le cauri renvoie aux richesses que la Reine a contribué à créer lors de son règne. Sur la partie supérieure, le globe symbolise le patrimoine matériel et immatériel laissé par Tassi Hangbè. Le rafia met en lumière le rôle de Tassi Hangbè dans les cérémonies traditionnelles. Pour finir les trois boucles feraient écho aux années fortes de son règne.

L’histoire de cette reine reste à écrire dans la riche histoire du royaume du Dahomey. Cette œuvre est une réparation symbolique pour cette reine, pour toutes les autres qui ont régné sur le continent, mais également pour  toutes les femmes qui ont été confrontées à une histoire amnésique.

 

Cléophée Moser
Elles Voix Rouge, oeuvre vidéo, 2018.

A travers une recherche autour des contes populaires et des fables qui nourrissent nos imaginaires, Cléophée Moser pose ici son regard sur Le Petit Chaperon Rouge : un conte de tradition orale française. L’artiste s’est appuyée sur la version de Charles Perrault (1697), dont l’issue est un drame, le petit chaperon rouge finissant dévoré par le loup après voir mangé la grand-mère de la jeune fille. L’artiste s’intéresse à la vision binaire que propose l’auteur, entre hommes et femmes :

Le loup, l’homme : séducteur, manipulateur, violent.

Le petit chaperon rouge, la femme: belle, naïve, victime.

 

Dans cette vidéo expérimentale, Cléophée Moser nous propose une expérience en jouant sur les paradoxes, tant sur le propos, la plasticité des images (textures, couleurs), le son, que sur les émotions générées.

 

Inspirée par certaines identités visuelles des affiches des mouvements féministes des années 1960’, le rouge est omniprésent dans cette œuvre. Ici, le rouge est, avant tout, celui de la révolte et est décliné selon ses différentes acceptions symboliques et culturelles.

 

A travers ce regard posé sur le corps féminin dans une approche visuelle complexe et plurielle, l’artiste tente de générer un sentiment « d’émerveillement inconfortable ». En mettant en lumière la violence de cette perception des femmes comme objet sexuel, attaquable et consommable, l’artiste souligne les dimensions insidieuses et frontales des différentes formes de violences. Elles Voix Rouge déconstruit le conte du Petit Chaperon Rouge qui devient outil pour révéler et mettre en lumière, la profondeur des inégalités et des visions réductrices des êtres.


Sarah Trouche
Didé

Projet artistique protéiforme, Didé se compose d’un ensemble d’œuvres intrinsèquement liées.

L’année 1968 marque le lancement du Mouvement de Libération des Femmes. Amorcée lorsque les militantes ont pris conscience que leurs camarades – en pleine lutte pour la liberté – étaient machistes ; ces femmes ont rapidement pris conscience que leurs indignations personnelles concernaient de nombreuses autres femmes en proie à des problématiques similaires. L’hymne du MLF, élaboré quelques années plus tard, entre en résonnance avec l’Afrique d’où l’intérêt de l’artiste pour cette connexion entre deux espaces géographiques.

Pour cette recherche, Sarah Trouche s’est inspirée de la tradition Gèlèdè : des cérémonies qui auraient pour but de rendre hommage à la mère primordiale, Iyà Nlà , et au rôle que jouent les femmes dans l’organisation sociale et le développement de la société Yoruba. Cette proposition artistique révèle la tension entre les traditions – fortement ancrées dans la société béninoise – et les aspirations d’émancipation, de liberté qui animent les femmes.

 

_ Série de 5 sculptures en bois, 2018.

 

Présentées les unes à côté des autres, ces sculptures apparaissent comme un corps armé. La partie inférieure de la sculpture, empreinte aux Gélédès, est surmontée de formes contemporaines quasiment abstraites, inspirées du symbole de la divinité Aïdo Wèdo.

 

En relation avec ces œuvres, un portrait photographique de femme est exposé. La  position de son corps et sa relation avec l’objet nous laisse sentir une tension, un rapport de force entre cette sculpture – incarnation de la tradition – et cette femme. Semblant vouloir s’extirper du poids de la tradition, il s’agit, pour l’artiste, davantage de trouver un équilibre plutôt que de créer de nouveaux rapports de domination. Cette oscillation entre émancipation et tradition s’inscrit en filigrane de cette recherche. 

_Feminist Tapistery, 2018.

A travers la réalisation d’un atelier, qui donnait la parole aux enfants de du quartier de Lobozounkpa, Sarah Trouche a déployé un nouvel axe de recherche dans son projet Didé. Feminist Tapistery interroge le regard des jeunes sur leur conception de la femme.

_ Photographie & vidéo de performance
 

Dans cette photographie, l’artiste évoque la juxtaposition, la mise en relation de territoires : en tant qu’espace public, géographique déterminé, mais également en tant que corps en action.

Pour cette performance, une déambulation pensée en relation avec l’espace dans lequel l’artiste était en résidence, Sarah Trouche a recours à de grands étendards : série de cinq appliqués. Forme d’art textile traditionnel du Royaume du Dahomey, les appliqués ont une forte dimension narrative.

Dans ce cortège, quatre hommes apparaissent derrière une femme, à la tête de cette déambulation. Femme et mère, elle guide le groupe  de cette marche féministe dans le quartier de Lobozounkpa.  Cette performance met en lumière la conception qu’a cette jeune génération des femmes qui l’entoure. Dans un même mouvement, cette œuvre pousse les passants, les adultes, à prendre conscience de la vision qu’a la jeunesse des femmes de cette société. Cette performance, présentée dans l’espace d’exposition, est présentée sur deux écrans qui dialoguent et mettent en tension ces visions à l’échelle de deux territoires.

_ Appliqué, 2018.

Cet appliqué est l’un des cinq utilisées dans la performance diffusée à l’occasion de cette exposition. Créées suite à un workshop réalisé avec une dizaine d’enfants du quartier de Lobozounkpa. Pour cet atelier, l’artiste a invité les enfants à représenter les différentes figures de femmes qui les entourent, questionnant ainsi la figure de la mère et de la femme. 

 

Mounia Youssef
Ne nous libérez pas, on s’en charge !, Série de 8 affiches, 2018.

Lutte – autodétermination – libération ; sont des notions qui s’inscrivent en filigrane de cette proposition artistique de Mounia Youssef. L’artiste s’attache aux dynamiques et aux mouvements d’émancipation.

 

A travers la mise en tension d’un ensemble de slogans, issus du corpus de mai 68 et d’autres que l’artiste a élaborés ou détournés, Mounia Youssef propose et dessine les contours d’un manifeste.  De celles qui ont fait l’histoire, à l’écriture inclusive, en passant par la nécessité de se réapproprier son corps et ses identités ; l’artiste met en lumière un panorama des luttes à mener.

 

Le choix de l’affiche n’est pas anodin, véritable outil de communication et de lutte utilisé dans l’espace public lors des mouvements de contestations. Pour Mounia Youssef, le combat est essentiel dans ces espaces où les regards tendent à renvoyer aux êtres ce que l’on attend qu’ils soient.